2017/05/23

La clef de l'Histoire moderne

Diablerie de foule
« Depuis la fin de la dernière guerre mondiale, une forme nouvelle de guerre est née. Appelée parfois guerre subversive ou guerre révolutionnaire, elle diffère essentiellement des guerres du passé en ce sens que la victoire n'est pas attendue uniquement du choc de deux armées sur un champ de bataille. Ce choc, qui visait autrefois à anéantir une armée ennemie en une ou plusieurs batailles, ne se produit plus. La guerre est maintenant un ensemble d'actions de toutes natures (politiques, sociales, économiques, psychologiques, armées, etc.) qui vise le renversement du pouvoir établi dans un pays et son remplacement par un autre régime. Pour y parvenir, l'assaillant s'efforce d'exploiter les tensions internes du pays attaqué, les oppositions politiques, idéologiques, sociales, religieuses, économiques, susceptibles d'avoir une influence profonde sur les populations à conquérir. »
(Roger Trinquier, La guerre moderne, Ed. La table ronde, 1961, Pp.15)


« Aujourd'hui, on ne conquiert plus le terrain pour avoir les hommes, on conquiert les âmes, on conquiert le psychisme. Une fois qu'on a le psychisme, on a l'homme. Quand on a l'homme, le terrain suit. La plus grande astuce du diable, c'est de faire croire qu'il n'existe pas. Le moment est venu d'utiliser le mot "subversion". Arme redoutable car elle essaie de ne pas se montrer. [...] Cette méthode redoutable s'inscrit dans l'infiltration d'une partie des médias, d'une partie de ceux qui enseignent aux âmes, aux cœurs et aux cervelles, je veux dire le clergé, l'école, l'Université. Jadis, pour tenir le pouvoir il fallait contrôler l'Eglise, donc les âmes ; au XIXe siècle, c'est l'instruction, donc les cerveaux. Aujourd'hui c'est l'audiovisuel qui prime, et l'Université. En Occident, on n'apprend plus, comme on le fait dans les pays de l'Est, l'amour de la patrie, du travail, mais le laxisme, l'indiscipline, le non-respect des vertus anciennes, la recherche des paradis artificiels. En un mot ce que j'appelle "l'ordre inverse". »
(Alexandre de Marenches, Dans le secret des princes, Ed. Stock, 1986, Pp. 376-377)


« La Révolution française a été la première révolution de la classe bourgeoise et moyenne ; de ce que l’on appelait le Tiers-Etat, dans l’histoire.
La Commune de Paris devait être la première révolution de la classe prolétarienne, restée relativement dans l’ombre jusqu’à cette époque. Elle fut la première réalisation dans l’histoire - essai encore éphémère et précipitamment étouffé - de la dictature du prolétariat, forme jusque-là inédite de la subversion.
Elle fut le premier avènement du Quart-Etat, ce qui était un progrès sur tout ce qui avait précédé. A ce titre, elle marqua une date dans l’évolution des procédés employés par l’esprit de révolte. Tous les pontifes de la subversion contemporaine, de la phase dite socialiste et communiste, furent unanimes à le déclarer. Les plus grands en tête, Marx et Lénine, répudiaient avec ostentation toute attache avec les révolutions bourgeoises, républicaines et démocratiques, du type de 1789 et 1848. Ils n’y voyaient qu’un moyen, un acheminement, non le but. Tous proclamaient leur filiation directe à l’égard de la Commune parisienne, même lorsqu’ils en critiquaient le manque de préparation technique.
Tous, sans exceptions s’inclinent devant elle comme devant une sorte de chef de file et lui consacrent de nombreux discours, brochures et livres. Elle a été le premier son de cloche de ce que devait être la révolution bolcheviste. Marx, Lénine, Trotsky, Kautsky, Lawrof et beaucoup d’autres traitent ce sujet et polémiquent sous ce rapport.
La grande erreur consiste à supposer que la Commune de Paris fut un mouvement spontané, et cette erreur se répète à propos de toutes les révolutions.
Chaque fois, il se trouve des hommes, par centaines de milliers, assez naïfs pour croire qu’une chose peut se faire toute seule, et qu’elle peut sortir du néant sans avoir été faite par quelqu’un. Pour peu qu’on y réfléchisse c’est une absurdité philosophique et un défi au bon sens. Surtout à une époque qui prétend être scientifique et où l’on devrait savoir que même ces processus qu’autrefois on croyait automatiques et réglés par des lois abstraites de la nature, - tels que la décomposition d’un cadavre, la maladie, la vieillesse, la mort dite naturelle - , sont déterminés par des agents concrets et vivants, appelés bacilles, toxines, qui travaillent à cet effet. Sans eux il n’y aurait ni décomposition, ni fièvre, ni décrépitude, ni mort, et si ces agents nous sont invisibles, cela ne veut pas dire qu’ils soient moins réels.
Il en est de même pour la société, qui est l’humanité dans l’espace, et pour l’histoire, qui est l’humanité dans le temps.
Des bacilles, des toxines, à forme humaine, que l’œil des générations ne discerne pas, que l’œil des historiens ignore, ou plus souvent, feint d’ignorer, - mais dont l’existence n’est pas un mystère pour le bactériologiste de la société et de l’histoire - , provoquent les fièvres, la décrépitude ou la décomposition, les paralysies ou les convulsions, la vieillesse, l’avarie et la mort.
Les victimes croient que le processus se fait tout seul, en vertu des lois inéluctables et consubstantielles à la nature des choses, et c’est pourquoi elles ne réagissent point. En effet, comment réagir, sans être insensé, contre l’inéluctable et la nature des choses ?...
Il n’y a pas eu plus de spontanéité dans la Commune de 1871 qu’il n’y en avait eu en 1789, en 1793, en 1848, en 1905 ou en 1917 et qu’il n’y en a dans les troubles chinois, hindous, soudanais, syriens, turcs, marocains et afghans. Il n’y en a pas davantage dans toutes les grèves de notre époque. Il n’en est pas moins vrai que, de même que dans l’organisme animal, pour que les bacilles et les toxines puissent manifester efficacement leur action meurtrière, il est nécessaire que cet organisme soit affaibli et délabré par des intempéries ou du surmenage. Sans quoi, cet organisme sain et dans la plénitude de ses forces, aurait des ressorts pour se défendre et réduire à néant l’action nocive. »
(Emmanuel Malynski et Léon de Poncins, La guerre occulte, édition de 1940, Pp.19-20 ; cette partie est un résumé par de Poncins de La mission du peuple de Dieu - 6ème partie - La grande conspiration mondiale, 1928)

Quelques explications métaphysiques


René Guénon : compte rendu du livre d’Emmanuel Malynski et Léon de Poncins « La Guerre occulte » :
Ici comme dans les précédents ouvrages de M. Léon de Poncins dont nous avons déjà eu l’occasion de parler, il y a, pour tout ce qui se rapporte à la critique du monde moderne, beaucoup de considérations très justes ; les auteurs, qui dénoncent avec raison des erreurs communes comme celle qui consiste à croire que les révolutions sont des « mouvements spontanés », sont de ceux qui pensent que la déviation moderne, dont ils étudient plus spécialement les étapes au cours du XIXème siècle, doit nécessairement répondre à un « plan » bien arrêté, et conscient tout au moins chez ceux qui dirigent cette « guerre occulte » contre tout ce qui présente un caractère traditionnel, intellectuellement ou socialement. Seulement, quand il s’agit de rechercher des « responsabilités », nous avons bien des réserves à faire ; la chose n’est d’ailleurs pas si simple ni si facile, il faut bien le reconnaître, puisque, par définition même, ce dont il s’agit ne se montre pas au dehors, et que les pseudo-dirigeants apparents n’en sont que des instruments plus ou moins inconscients. En tout cas, il y a ici une tendance à exagérer considérablement le rôle attribué aux Juifs, jusqu’à supposer que ce sont eux-seuls qui en définitive mènent le monde, et sans faire à leur sujet certaines distinctions nécessaires ; comment ne s’aperçoit-on pas, par exemple, que ceux qui prennent une part active à certains événements ne sont que des Juifs entièrement détachés de leur propre tradition, et qui, comme il arrive toujours en pareil cas, n’ont guère gardé que les défauts de leur race et les mauvais côtés de sa mentalité particulière ? Il y a pourtant des passages (notamment pp. 105-110) qui touchent d’assez près à certaines vérités concernant la « contre-initiation » : il est tout à fait exact qu’il ne s’agit pas là d’ « intérêts » quelconques, qui ne peuvent servir qu’à mouvoir de vulgaires instruments, mais d’une « foi » qui constitue « un mystère métapsychique insondable pour l’intelligence même élevée de l’homme ordinaire » ; et il ne l’est pas moins qu’ « il y a un courant de satanisme dans l’histoire »… Mais ce courant n’est pas seulement dirigé contre le Christianisme (et c’est peut-être cette façon trop restreinte d’envisager les choses qui est la cause de bien des « erreurs d’optique ») ; il l’est aussi, exactement au même titre, contre toute tradition, qu’elle soit d’Orient ou d’Occident, et sans excepter le Judaïsme.
(René Guénon, Etudes sur la Franc-Maçonnerie et le Compagnonnage, t. I, Compte-rendu juillet 1936).


Un autre point qui est à retenir, c’est que les Supérieurs Inconnus, de quelque ordre qu’ils soient, et quel que soit le domaine dans lequel ils veulent agir, ne cherchent jamais à créer des « mouvements », suivant une expression qui est fort à la mode aujourd’hui ; ils créent seulement des « états d’esprit », ce qui est beaucoup plus efficace, mais peut-être un peu moins à la portée de tout le monde. Il est incontestable, encore que certains se déclarent incapables de le comprendre, que la mentalité des individus et des collectivités peut être modifiée par un ensemble systématisé de suggestions appropriées ; au fond, l’éducation elle-même n’est guère autre chose que cela, et il n’y a là-dedans aucun « occultisme ». Du reste, on ne saurait douter que cette faculté de suggestion puisse être exercée, à tous les degrés et dans tous les domaines, par des hommes « en chair et en os », lorsqu’on voit, par exemple, une foule entière illusionnée par un simple fakir, qui n’est cependant qu’un initié de l’ordre le plus inférieur, et dont les pouvoirs sont assez comparables à ceux que pouvait posséder un Gugomos ou un Schroepfer. Ce pouvoir de suggestion n’est dû, somme toute, qu’au développement de certaines facultés spéciales, quand il s’applique seulement au domaine social et s’exerce sur l’ « opinion », il est surtout affaire de psychologie : un « état d’esprit » déterminé requiert des conditions favorables pour s’établir, et il faut savoir, ou profiter de ces conditions si elles existent déjà, ou en provoquer soi-même la réalisation. Le socialisme répond à certaines conditions actuelles, et c’est là ce qui fait toutes ses chances de succès ; que les conditions viennent à changer pour une raison ou pour une autre, et le socialisme, qui ne pourra jamais être qu’un simple moyen d’action pour des Supérieurs Inconnus, aura vite fait de se transformer en autre chose dont nous ne pouvons même pas prévoir le caractère. C’est peut-être là qu’est le danger le plus grave, surtout si les Supérieurs Inconnus savent, comme il y a tout lieu de l’admettre, modifier cette mentalité collective qu’on appelle l’ « opinion » ; c’est un travail de ce genre qui s’effectua au cours du XVIIIème siècle et qui aboutit à la Révolution, et, quand celle-ci éclata, les Supérieurs Inconnus n’avaient plus besoin d’intervenir, l’action de leurs agents subalternes était pleinement suffisante. Il faut, avant qu’il ne soit trop tard, empêcher que de pareils événements se renouvellent, et c’est pourquoi, dirons-nous avec M. Copin-Albancelli, « il est fort important d’éclairer le peuple sur la question maçonnique et ce qui se cache derrière».
(René Guénon, Réflexions à propos du « Pouvoir Occulte », 11 Juin 1914, La France antimaçonnique)


Après les considérations que nous avons exposées et les exemples que nous avons donnés jusqu’ici, on pourra mieux comprendre en quoi consistent exactement, d’une façon générale, les étapes de l’action antitraditionnelle qui a véritablement « fait » le monde moderne comme tel ; mais, avant tout, il faut bien se rendre compte que, toute action effective supposant nécessairement des agents, celle-là ne peut, pas plus qu’une autre, être une sorte de production spontanée et « fortuite », et que, s’exerçant spécialement dans le domaine humain, elle doit forcément impliquer l’intervention d’agents humains. Le fait que cette action concorde avec les caractères propres de la période cyclique où elle s’est produite explique qu’elle ait été possible et qu’elle ait réussi, mais il ne suffit pas à expliquer la façon dont elle a été réalisée et n’indique pas les moyens qui ont été mis en œuvre pour y parvenir. Du reste, il suffit, pour s’en convaincre, de réfléchir quelque peu à ceci : les influences spirituelles elles-mêmes, dans toute organisation traditionnelle, agissent toujours par l’intermédiaire d’êtres humains, qui sont les représentants autorisés de la tradition, bien que celle-ci soit réellement « supra-humaine » dans son essence ; à plus forte raison doit-il en être de même dans un cas où n’entrent en jeu que des influences psychiques, et même de l’ordre le plus inférieur, c’est-à-dire tout le contraire d’un pouvoir transcendant par rapport à notre monde, sans compter que le caractère de « contrefaçon » qui se manifeste partout dans ce domaine, et sur lequel nous aurons encore à revenir, exige encore plus rigoureusement qu’il en soit ainsi. D’autre part, comme l’initiation, sous quelque forme qu’elle se présente, est ce qui incarne véritablement l’« esprit » d’une tradition, et aussi ce qui permet la réalisation effective des états « supra-humains », il est évident que c’est à elle que doit s’opposer le plus directement (dans la mesure toutefois ou une telle opposition est concevable) ce dont il s’agit ici, et qui tend au contraire, par tous les moyens, à entraîner les hommes vers l’« infra-humain » ; aussi le terme de « contre-initiation » est-il celui qui convient le mieux pour désigner ce à quoi se rattachent, dans leur ensemble et à des degrés divers (car, comme dans l’initiation encore, il y a forcément là des degrés), les agents humains par lesquels s’accomplit l’action antitraditionnelle; et ce n’est pas là une simple dénomination conventionnelle employée pour parler plus commodément de ce qui n’a vraiment aucun nom, mais bien une expression qui correspond aussi exactement que possible à des réalités très précises.

Il est assez remarquable que, dans tout l’ensemble de ce qui constitue proprement la civilisation moderne, quel que soit le point de vue sous lequel on l’envisage, on ait toujours à constater que tout apparaît comme de plus en plus artificiel, dénaturé et falsifié ; beaucoup de ceux qui font aujourd’hui la critique de cette civilisation en sont d’ailleurs frappés, même lorsqu’ils ne savent pas aller plus loin et n’ont pas le moindre soupçon de ce qui se cache en réalité derrière tout cela. Il suffirait pourtant, nous semble-t-il, d’un peu de logique pour se dire que, si tout est ainsi devenu artificiel, la mentalité même à laquelle correspond cet état de choses ne doit pas l’être moins que le reste, qu’elle aussi doit être « fabriquée » et non point spontanée ; et, dès qu’on aurait fait cette simple réflexion, on ne pourrait plus manquer de voir les indices concordants en ce sens se multiplier de toutes parts et presque indéfiniment ; mais il faut croire qu’il est malheureusement bien difficile d’échapper aussi complètement aux « suggestions » auxquelles le monde moderne comme tel doit son existence même et sa durée, car ceux mêmes qui se déclarent le plus résolument « antimodernes » ne voient généralement rien de tout cela, et c’est d’ailleurs pourquoi leurs efforts sont si souvent dépensés en pure perte et à peu près dépourvus de toute portée réelle.

L’action antitraditionnelle devait nécessairement viser à la fois à changer la mentalité générale et à détruire toutes les institutions traditionnelles en Occident, puisque c’est là qu’elle s’est exercée tout d’abord et directement, en attendant de pouvoir chercher à s’étendre ensuite au monde entier par le moyen des Occidentaux ainsi préparés à devenir ses instruments. D’ailleurs, la mentalité étant changée, les institutions, qui dès lors ne lui correspondaient plus, devaient par là même être facilement détruites ; c’est donc le travail de déviation de la mentalité qui apparaît ici comme véritablement fondamental, comme ce dont tout le reste dépend en quelque façon, et, par conséquent, c’est là-dessus qu’il convient d’insister plus particulièrement. Ce travail, évidemment, ne pouvait pas être opéré d’un seul coup, quoique ce qu’il y a peut-être de plus étonnant soit la rapidité avec laquelle les Occidentaux ont pu être amenés à oublier tout ce qui, chez eux, avait été lié à l’existence d’une civilisation traditionnelle ; si l’on songe à l’incompréhension totale dont les XVIIe et XVIIIe siècles ont fait preuve à l’égard du moyen âge, et cela sous tous les rapports, il devrait être facile de comprendre qu’un changement aussi complet et aussi brusque n’a pas pu s’accomplir d’une façon naturelle et spontanée. Quoi qu’il en soit, il fallait tout d’abord réduire en quelque sorte l’individu à lui-même, et ce fut là surtout, comme nous l’avons expliqué, l’œuvre du rationalisme, qui dénie à l’être la possession et l’usage de toute faculté d’ordre transcendant ; il va de soi, d’ailleurs, que le rationalisme a commencé à agir avant même de recevoir ce nom avec sa forme plus spécialement philosophique, ainsi que nous l’avons vu à propos du Protestantisme ; et, du reste, l’« humanisme » de la Renaissance n’était lui-même rien d’autre que le précurseur direct du rationalisme proprement dit, puisque qui dit « humanisme » dit prétention de ramener toutes choses à des éléments purement humains, donc (en fait tout au moins, sinon encore en vertu d’une théorie expressément formulée) exclusion de tout ce qui est d’ordre supra-individuel.

Il fallait ensuite tourner entièrement l’attention de l’individu vers les choses extérieures et sensibles, afin de l’enfermer pour ainsi dire, non pas seulement dans le domaine humain, mais, par une limitation beaucoup plus étroite encore, dans le seul monde corporel ; c’est là le point de départ de toute la science moderne, qui, dirigée constamment dans ce sens, devait rendre cette limitation de plus en plus effective. La constitution des théories scientifiques, ou philosophico-scientifiques si l’on veut, dut aussi procéder graduellement ; et (nous n’avons, ici encore, qu’à rappeler sommairement ce que nous avons déjà exposé) le mécanisme prépara directement la voie au matérialisme, qui devait marquer, d’une façon en quelque sorte irrémédiable, la réduction de l’horizon mental au domaine corporel, considéré désormais comme la seule « réalité », et d’ailleurs dépouillé lui-même de tout ce qui ne pouvait pas être regardé comme simplement « matériel » ; naturellement, l’élaboration de la notion même de « matière » par les physiciens devait jouer ici un rôle important. On était dès lors entré proprement dans le « règne de la quantité » ; la science profane, toujours mécaniste depuis Descartes, et devenue plus spécialement matérialiste à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle, devait, dans ses théories successives devenir de plus en plus exclusivement quantitative, en même temps que le matérialisme, s’insinuant dans la mentalité générale, arrivait à y déterminer cette attitude, indépendante de toute affirmation théorique, mais d’autant plus diffusée et passée finalement à l’état d’une sorte d’« instinct », que nous avons appelée le « matérialisme pratique », et cette attitude même devait être encore renforcée par les applications industrielles de la science quantitative, qui avaient pour effet d’attacher de plus en plus complètement les hommes aux seules réalisations « matérielles ». L’homme « mécanisait » toutes choses, et finalement il en arrivait à se « mécaniser » lui-même, tombant peu à peu à l’état des fausses « unités » numériques perdues dans l’uniformité et l’indistinction de la « masse », c’est-à-dire en définitive dans la pure multiplicité ; c’est bien là, assurément, le triomphe le plus complet qu’on puisse imaginer de la quantité sur la qualité.

Cependant, en même temps que se poursuivait ce travail de « matérialisation » et de « quantification », qui du reste n’est pas encore achevé et ne peut même jamais l’être, puisque la réduction totale à la quantité pure est irréalisable dans la manifestation, un autre travail, contraire en apparence seulement, avait déjà commencé, et cela, rappelons-le, dès l’apparition même du matérialisme proprement dit. Cette seconde partie de l’action antitraditionnelle devait tendre, non plus à la « solidification », mais à la dissolution ; mais, bien loin de contrarier la première tendance, celle qui se caractérise par la réduction au quantitatif, elle devait l’aider lorsque le maximum de la « solidification » possible aurait été atteint, et que cette tendance, ayant dépassé son premier but en voulant aller jusqu’à ramener le continu au discontinu, serait devenue elle-même une tendance vers la dissolution. Aussi est-ce à ce moment que ce second travail, qui d’abord ne s’était effectué, à titre de préparation, que d’une façon plus ou moins cachée et en tout cas dans des milieux restreints, devait apparaître au jour et prendre à son tour une portée de plus en plus générale, en même temps que la science quantitative elle-même devenait moins strictement matérialiste, au sens propre du mot, et finissait même par cesser de s’appuyer sur la notion de « matière », rendue de plus en plus inconsistante et « fuyante » par la suite même de ses élaborations théoriques. C’est là l’état où nous en sommes présentement : le matérialisme ne fait plus que se survivre à lui-même, et il peut sans doute se survivre plus ou moins longtemps, surtout en tant que « matérialisme pratique » ; mais, en tout cas, il a désormais cessé de jouer le rôle principal dans l’action antitraditionnelle.

Après avoir fermé le monde corporel aussi complètement que possible, il fallait, tout en ne permettant le rétablissement d’aucune communication avec les domaines supérieurs, le rouvrir par le bas, afin d’y faire pénétrer les forces dissolvantes et destructives du domaine subtil inférieur ; c’est donc le « déchaînement » de ces forces, pourrait-on dire, et leur mise en œuvre pour achever la déviation de notre monde et le mener effectivement vers la dissolution finale, qui constituent cette seconde partie ou cette seconde phase dont nous venons de parler. On peut bien dire, en effet, qu’il y a là deux phases distinctes, bien qu’elles aient été en partie simultanées, car, dans le « plan » d’ensemble de la déviation moderne, elles se suivent logiquement et n’ont que successivement leur plein effet ; du reste, dès que le matérialisme était constitué, la première était en quelque sorte virtuellement complète et n’avait plus qu’à se dérouler par le développement de ce qui était impliqué dans le matérialisme même ; et c’est précisément alors que commença la préparation de la seconde, dont on n’a encore vu actuellement que les premiers effets, mais pourtant des effets déjà assez apparents pour permettre de prévoir ce qui s’ensuivra, et pour qu’on puisse dire, sans aucune exagération, que c’est ce second aspect de l’action antitraditionnelle qui, dès maintenant, passe véritablement au premier plan dans les desseins de ce que nous avons d’abord désigné collectivement comme l’« adversaire » et que nous pouvons, avec plus de précision, nommer la « contre-initiation ».
(René Guénon, Le Règne de la quantité et les signes du temps, 1945, chap.XXVIII : Les étapes de l’action antitraditionnelle, Pp.187-191)

Si vous n'aviez pas encore compris...


« On peut imaginer que chaque individu accepte, volontairement ou sans le savoir, une puce en lui, qui contiendrait tout un tas d'information sur lui qui permettrait à la fois de payer tout, de tout savoir... Mais donc d'être libéré d'un certain nombre de contraintes. [...] Le vrai luxe de demain, ce sera d'être isolable, de pouvoir s'isoler, et la vraie liberté, ce ne sera pas d'être relié aux autres, mais d'avoir le droit de ne pas être branché. »
(Jacques Attali, interview à la chaîne Public Sénat, 2008)

« L'homme, comme l'objet, y sera nomade, sans adresse ni famille stable, porteur sur lui, en lui, de tout ce qui fera sa valeur sociale. (...) Devenu prothèse de lui-même, l'homme se produira comme une marchandise. La vie sera l'objet d'artifice, créatrice de valeur et de rentabilité. »
(Jacques Attali, Lignes d'horizon, Fayard, 1990, Pp. 50 et 179)



2017/05/08

Présidentielle 2017: une victoire à la Pyrrhus

Il est temps de tirer un bilan de cette élection présidentielle à l'américaine, qui termine un cycle commencé en 1969 avec l'élection de Pompidou, lequel a propulsé Giscard d'Estaing, qui ont négocié ensemble l'accord des Açores en 1971 lequel allait ouvrir la porte à la mise en place du nouveau système monétaire international, préparant la loi de 1973 qui assurerait la prééminence des banques privées sur l'Etat français.

En synthèse :
  • Comme nous l'avons écrit à maintes reprises, la crise est le moment historique du dévoilement. D'autres masques sont tombés. La fausse alternance entre une "2ème gauche" sous influence et la droite néolibérale a disparu en quelques semaines de campagne, fracassée après une longue dérive. Le système oligarchique dirigeant la France a été obligé de sacrifier l'illusion démocratique qu'il entretenait pour contrôler la politique française. C'est ce qui explique que de très nombreux responsables politiques PS, UDI et LR se rallient à Macron.
  • Au vu du contenu des programmes au premier tour, le champ politique en France n'est plus dessiné par un arc entre extrême gauche et extrême droite, dont la mention est désormais obsolète. Seul un nouvel arc entre les extrêmes souverainistes et les extrêmes mondialistes financiers représente correctement ce champ. C'est ce qui explique que le programme de la "France Insoumise" soit plus proche de celui des autres souverainistes Front National et Debout La France.
  • Macron, c'est tout changer [en apparence] pour ne rien changer [dans les objectifs politiques] : Macron est "anti-système" autant que les anciens cadres du parti communiste de l'URSS qui se sont représentés sous une autre étiquette dès la chute de leur parti.
Quelques similitudes : Macron a occupé un poste à responsabilité pendant 4 ans dans le gouvernement Hollande (cf cadre du PC de l'URSS). L'adhésion formelle de Macron au PS est optionnelle, puisqu'un gouvernement ne confie des rôles à responsabilité politique qu'à des personnes qui sont contrôlables et/ou en accord total sur le fond des politiques mises en oeuvre. Au moment où les sondages de Hollande sont au plus bas (cf érosion du PC après la chute du mur de Berlin), il démissionne opportunément du gouvernement. Lors de l'élection suivante, il prend une autre étiquette pour se différencier, sans endosser la responsabilité de la politique précédente qu'il a menée pendant 4 ans. Le parti PS jusqu'à présent au pouvoir est largement battu aux nouvelles élections (cf le PC après la chute de l'URSS).
Macron est, comme ces "nouveaux démocrates" de l'ex URSS, soutenu par les puissances financières occidentales. Pour les contrées de l'ex URSS on constate que ce type de pion politique une fois élu a vendu les joyaux de leur pays à ces souteneurs "parce que c'est la loi du marché". Macron a déjà commencé en étant ministre. 
  • Seule l'émergence du mouvement la "France Insoumise" depuis 2012 a permis de limiter avec succès la montée des souverainistes conservateurs. Ce mouvement devra désormais composer en interne avec la part significative des "insoumis" qui se sont soumis au vote en faveur du baron Macron. 
  • le mouvement "En Marche" a beau fêter une victoire électorale au pied de la pyramide du Louvre, il ne souffrira aucun répit. Pas de moment de sidération, disparition des 100 jours de grâce, la campagne législative a déjà été lancée au moment du débat de l'entre-deux tours. C'est ce que personne n'a compris : ce n'était pas un débat pour gagner quelques pour-cents qui ne changeaient rien à l'issue, mais un positionnement stratégique dans l'après-élection, un interrogatoire public où Macron a affirmé devant tous les électeurs qu'il ne possédait pas de compte offshore et était imperméable aux collusions d'intérêts. L'indispensable instruction révélera s'il s'agissait d'un "moment Cahuzac". Macron devra répondre, et l'ensemble du système médiatique et judiciaire au premier chef, aux questions légitimes sur l'affaire de ce compte offshore et des MacronLeaks (1). Le peuple saura gentiment rappeler à chaque occasion combien la célérité de l'ouverture d'une enquête par le Parquet National Financier a été effectuée en quelques heures à peine après la diffusion des tous premiers éléments sur François Fillon. Ces deux affaires, et celles qui seront découvertes ensuite (à tout hasard: quelle est la part des financements du premier cercle et des grands donateurs vs celle du crowdfunding dans les recettes du business plan d'En Marche tenu par Cédric O. ?) seront un douloureux aiguillon persistant dans le flanc du nouveau président. Le futur nous dira si une éventuelle procédure de destitution devra être engagée par le prochain Parlement.
  • Les souverainistes conservateurs ont franchi un important seuil psychologique avec 34% des voix au second tour. L'alliance Debout La France avec le Front National a créé les conditions d'un regroupement politique des forces souverainistes. C'est cette poussée qui sera amplifiée par la refondation du Front National que Marine Le Pen a annoncée dimanche soir immédiatement après 20 h. 
  • La liberté de penser a été la première victime dans cette élection. Après deux décennies de pensée unique, une ligne rouge de triste mémoire a été dépassée en pleine période de réserve électorale :

Voulez-vous vraiment que l'image ci-dessous ne soit plus une caricature de la France mais la réalité ? :


Tout ceci laisse présager des législatives dans la continuité de la tempête qui a été déclenchée. La base électorale d'En Marche au second tour est certainement la plus fragile, la moins fidèle, des 3 grands mouvements politiques présents désormais en France, et le seul qui ne soit pas souverainiste, c'est-à-dire qu'il est à contresens du mouvement historique de fond. 


2017/05/01

Georges Orwell nous explique Macron


Marie-Hélène Miauton, journaliste suisse au Temps, écrit
"Macron présente un physique lisse au point d’être insipide, parfait mais sans charme ni expressivité. Son regard, même lorsqu’il s’enflamme, est d’une étrange vacuité, au point que le spectateur ressent un malaise indéfinissable. Il y a aussi chez lui cet art bien commercial de ne fâcher personne afin d’élargir son bassin de chalandise. Du coup, comme l’ont remarqué les commentateurs, il est d’accord avec tout le monde au risque de se contredire sans états d’âme."

Il s'agit du malaise qu'on ressent devant le vide de la doublepensée.

Georges Orwell l’a défini ainsi dans son œuvre célèbre ‘1984’ : 
Connaître et ne pas connaître. En pleine conscience et avec une absolue bonne foi, émettre des mensonges soigneusement agencés. Retenir simultanément deux opinions qui s’annulent alors qu’on les sait contradictoires et croire à toutes deux. Employer la logique contre la logique. Répudier la morale alors qu’on se réclame d’elle. Croire en même temps que la démocratie est impossible et que le Parti est gardien de la démocratie. Oublier tout ce qu’il est nécessaire d’oublier, puis le rappeler à sa mémoire quand on en a besoin, pour l’oublier plus rapidement encore. Surtout, appliquer le même processus au processus lui-même. Là était l’ultime subtilité. Persuader consciemment l’inconscient, puis devenir ensuite inconscient de l’acte d’hypnose que l’on vient de perpétrer. La compréhension même du mot « doublepensée » impliquait l’emploi de la doublepensée. (chapitre III)
La doublepensée est le pouvoir de garder à l’esprit simultanément deux croyances contradictoires, et de les accepter toutes deux. Un intellectuel du Parti sait dans quel sens ses souvenirs doivent être modifiés. Il sait, par conséquent, qu’il joue avec la réalité, mais, par l’exercice de la doublepensée, il se persuade que la réalité n’est pas violée. Le processus doit être conscient, autrement il ne pourrait être réalisé avec une précision suffisante, mais il doit aussi être inconscient.
Sinon, il apporterait avec lui une impression de falsification et, partant, de culpabilité. 
La doublepensée se place au cœur même du socialisme Anglo-saxon, puisque l’acte essentiel du Parti est d’employer la duperie consciente, tout en retenant la fermeté d’intention qui va de pair avec l’honnêteté véritable. Dire des mensonges délibérés tout en y croyant sincèrement, oublier tous les faits devenus gênants puis, lorsque c’est nécessaire, les tirer de l’oubli pour seulement le laps de temps utile, nier l’existence d’une réalité objective alors qu’on tient compte de la réalité qu’on nie, tout cela est d’une indispensable nécessité. 
Pour se servir même du mot doublepensée, il est nécessaire d’user de la dualité de la pensée, car employer le mot, c’est admettre que l’on modifie la réalité. Par un nouvel acte de doublepensée, on efface cette connaissance, et ainsi de suite indéfiniment, avec le mensonge toujours en avance d’un bond sur la vérité. 
Enfin, c’est par le moyen de la doublepensée que le Parti a pu […] arrêter le cours de l’Histoire.
Toutes les oligarchies du passé ont perdu le pouvoir, soit parce qu’elles se sont ossifiées, soit parce que leur énergie a diminué. Ou bien elles deviennent stupides et arrogantes, n’arrivent pas à s’adapter aux circonstances nouvelles et sont renversées ; ou elles deviennent libérales et lâches, font des concessions alors qu’elles devraient employer la force, et sont encore renversées. Elles tombent, donc, ou parce qu’elles sont conscientes, ou parce qu’elles sont inconscientes. 
L’œuvre du Parti est d’avoir produit un système mental dans lequel les deux états peuvent coexister. La domination du Parti n’aurait pu être rendue permanente sur aucune autre base intellectuelle. Pour diriger et continuer à diriger, il faut être capable de modifier le sens de la réalité. Le secret de la domination est d’allier la foi en sa propre infaillibilité à l’aptitude à recevoir les leçons du passé. 
Il est à peine besoin de dire que les plus subtils praticiens de la doublepensée sont ceux qui l’inventèrent et qui savent qu’elle est un vaste système de duperie mentale. Dans notre société, ceux qui ont la connaissance la plus complète de ce qui se passe, sont aussi ceux qui sont les plus éloignés de voir le monde tel qu’il est. En général, plus vaste est l’information, plus profonde est l’illusion. Le plus informé est le moins normal. 
Le fait que l’hystérie de guerre croît en intensité au fur et à mesure que l’on monte l’échelle sociale illustre ce qui précède. Ceux dont l’attitude en face de la guerre est la plus proche d’une attitude rationnelle sont les peuples sujets des territoires disputés. Pour ces peuples, la guerre est simplement une continuelle calamité qui, comme une vague de fond, va et vient en les balayant. Il leur est complètement indifférent de savoir de quel côté est le gagnant. Un changement de direction veut simplement dire pour eux le même travail qu’auparavant, pour de nouveaux maîtres qui les traiteront exactement comme les anciens. 
Les travailleurs légèrement plus favorisés que nous appelons les prolétaires ne sont que par intermittences conscients de la guerre. On peut, quand c’est nécessaire, exciter en eux une frénésie de crainte et de haine, mais laissés à eux-mêmes, ils sont capables d’oublier pendant de longues périodes que le pays est en guerre.
C’est dans les rangs du Parti, surtout du Parti intérieur, que l’on trouve le véritable enthousiasme guerrier. Ce sont ceux qui la savent impossible qui croient le plus fermement à la conquête du monde. Cet enchaînement spécial des contraires (savoir et ignorance, cynisme et fanatisme) est un des principaux traits qui distinguent la société océanienne. L’idéologie officielle abonde en contradictions, même quand elles n’ont aucune raison pratique d’exister.

[…] Ce n’est en effet qu’en conciliant des contraires que le pouvoir peut être indéfiniment retenu. L’ancien cycle ne pouvait être brisé d’aucune autre façon. Pour que l’égalité humaine soit à jamais écartée, pour que les grands, comme nous les avons appelés, gardent perpétuellement leurs places, la condition mentale dominante doit être la folie dirigée. (chapitre IX)
Oui, Macron est bien le Tony Blair français, celui qui a entraîné son pays sous des faux prétextes et des mensonges dans une guerre qui allait détruire à nouveau l'Iraq pour produire Daesh.

2017/04/30

Le combat souverainistes contre mondialistes financiers

Odoxa a publié les résultats d’un sondage réalisé les 26 et 27 avril 2017 sur les intentions de report de voix au 2ème tour.

Ces résultats présentent toutefois 2 limitations sérieuses :
  • Odoxa reconnaît que 20 % des répondants affirmant aller voter au 2ème tour sont encore indécis sur leur choix et ne se prononcent pas ; les reports sont donc calculés sur la base des autres répondants;
  • la marge d’erreur présentée correspond à celle d’un sondage par tirage aléatoire. Le sondage a utilisé la méthode des quotas, pour laquelle il n’existe pas de méthode mathématique connue déterminant la marge d’erreur.

Ceci dit, nous avons utilisé ces intentions de report dans notre précédent modèle de calcul de report de voix.
Nous obtenons Macron 56,5% et Marine Le Pen 43,5%, avec une proportion d’abstention+blanc+nul RECORD de 40,3 % (précisons-le à nouveau : avec l’hypothèse que le choix final des 20 % d’indécis ne modifie pas cette répartition).

Ces résultats d’Odoxa ont été obtenus avant l’annonce du support de Nicolas Dupont-Aignan à Marine Le Pen, avant la publication de la vidéo de Jean-Luc Mélenchon annonçant son refus de soutenir l’un des deux candidats et avant le résultat de la consultation lancée auprès du mouvement La France Insoumise qui ne sera connu que le 2 mai.

Il est important de noter que les votes non exprimés au 2ème tour profiteront indirectement à Macron puisqu’il a obtenu plus de voix au premier tour. En effet imaginons que 100 % des électeurs des autres candidats s’abstiennent au 2ème tour : Macron aurait à nouveau plus de voix que Le Pen, et gagnerait.
Nous pensons que la proportion des votes non exprimés sera au final autour de 30 % comme au second tour de la présidentielle de 1969 (plus haut historique) car beaucoup d'électeurs comprendront que malgré leur réticence ils ne peuvent pas de défausser. Cette élection est un moment historique de la France.

En conservant les intentions brutes de reports d’Odoxa (50 % de Fillon vers Macron, et 40 % des reports de Mélenchon vers Macron), nous avons calculé les reports minimum vers Le Pen et vers le vote non exprimé qui sont nécessaires pour arriver à l’équilibre au 2ème tour (50 % pour chaque candidat).
Nous obtenons alors les résultats suivants au 2ème tour :
  • Reports de Fillon vers Le Pen : 33 % (et vers non exprimé : 17%)
  • Reports de Mélenchon vers Le Pen : 60 % (et vers non exprimé : 0%)
  • Total Abstention + blanc + nul : 32,4 %

Les résultats détaillés sont consultables ici. Ils sont compatibles avec ceux du simulateur de BFMTV, mais plus précis que lui.


Observer un tel report des électeurs fillonistes est tout-à-fait possible. Par contre observer 60 % de report de la France Insoumise vers Marine Le Pen est beaucoup moins probable… sans être impossible !

Et même si Macron l'emporte, ce sera sur un score bien moindre que celui de Jacques Chirac en 2002. Car l'enseignement majeur de ce premier tour, c'est que l'esprit de souveraineté de la France s'est une nouvelle fois levé au sein de notre peuple, et rien ne pourra empêcher qu'il se fortifie et s'impose contre ses adversaires, le moment venu. 

Le combat souverainistes contre mondialistes financiers

Nous identifions deux éléments clés du second tour. 
Tout d'abord 30 % des votants de 18 à 25 ans ont voté pour la France Insoumise. C'est de très bon augure pour la vivacité de notre démocratie. Ils sont d’abord attirés par cette espérance de souveraineté, de liberté à reconquérir, plutôt que repoussés par un FN dont ils n’ont aucun souvenir de son fondateur si ce n’est par média interposé. Le PCF de Georges Marchais n’a plus rien à voir avec le PCF de 2017, puisque Robert Hue soutient Macron le néolibéral. De la même façon, le FN des années 70 n’a plus rien à voir avec le FN de 2017.

Ensuite, on a constaté cette semaine que le « front républicain » de 2002 n’a pas résisté à l’Histoire. La scène politique nationale et internationale de 2017 ne peut pas être analysée et jugée par des réflexes mentaux obsolètes. Le faux duel droite vs gauche s’est révélé enfin sous son vrai jour : celui d’un combat souverainistes contre mondialistes financiers. Les seuls fascistes encore présents sont les fascistes financiers qui menacent ouvertement les candidats à l'élection présidentielle :

Interview de Jean Lassalle

Dans ce combat, 4 propositions de force sensiblement équivalentes ont émergées au premier tour. La première ligne de défense a été prise. Les masques tombent et les législatives seront l’objet d’une profonde recomposition. Les digues du PS et LR ont cédé, à force d’ignorer les vrais débats. Macron a définitivement assassiné le PS et son programme économique est néolibéral, Reaganien. Les électeurs du PS vont-ils massivement se soumettre et supporter leur assassin politique, ajoutant la honte à la trahison dont ils ont fait l’objet ? 

Interview de l'économiste en chef de la banque d'affaires Chevreux à Paris

 La politique la plus coûteuse, la plus ruineuse, c’est d’être petit.
Allocution du général de Gaulle, le 20 mars 1964

2017/04/24

Les reports de voix au 2ème tour de la présidentielle


La campagne du second tour a officiellement commencé à 19h dimanche soir. Officieusement déjà avant cela, le temps de roder quelques discours sur les reports des voix.
Mais pas assez vite.
En effet les résultats d'un premier sondage sur les reports de voix au second tour étaient déjà tombés hier soir à 18h :

sondage @IpsosFrance fait auprès de 2024 pers. après l'annonce des résultats du 1er tour
(source: @mathieugallard 23 avril 2017  18:06)

On remarque tout de suite que bien qu'un fort pourcentage de répondants (de 17 à 29%) ne se soient pas prononcés, l'institut n'hésite pas à l'ignorer dans sa première infographie et à nous gratifier d'un score final qui, si nous avions l'esprit mal tourné, n'aurait pas d'autres buts que celui de voler l'élection du prochain tour.

La prise en compte des résultats définitifs ET complets du ministère de l'Intérieur, publiés ce soir il y a une heure à peine, nous permettent quelques calculs. Non pas pour anticiper le choix des électeurs, mais bien pour éclairer ce choix au travers d'une question simple : combien faut-il de reports de voix pour que Marine Le Pen gagne le deuxième tour ?

Nous avons cherché à réduire le nombre de paramètres à 2 couples. En construisant quelques macros dans Excel, on s'aperçoit vite que les paramètres structurants sont les reports de Mélenchon et de Fillon. Bien sûr ce n'est qu'un modèle simplifié. Chaque voix compte...

Avec nos hypothèses, Marine Le Pen gagne :
- si au moins 70,0 % des électeurs votant Fillon au premier tour se reportent sur elle (et 0,0% votent blanc) ;
- et si au moins 39,23 % des électeurs votant Mélenchon au premier tour se reportent sur elle (et 0,77% votent blanc)

ou toute autre combinaison similaire comme :
- si au moins 40,0 % des électeurs votant Fillon au premier tour se reportent sur elle (et 0,5% votent blanc) ;
et si au moins 73,7 % des électeurs votant Mélenchon au premier tour se reportent sur elle (et 0,3% votent blanc)

Loin d'être un choix entre Charybde et Scylla comme on l'entend trop souvent, ce second tour sera un véritable test de souveraineté pour notre pays, mais qui commence dans l'esprit de chaque électeur. C'est une des questions que nous avions identifié au cœur du débat.

Méthode :
- prise en compte du nombre officiel d'inscrits du premier tour
- même pourcentage de bulletins blancs et nuls qu'au deuxième tour de 2012, c'est à dire avec une très forte augmentation par rapport au premier tour
- même pourcentage  d'abstention qu'au deuxième tour de 2012
- moins de votes exprimés au deuxième tour qu'au premier tour, comme en 2012
- 100 % de report de voix de Macron, Hamon, Poutou, Arthaud vers Macron
- 100 % de report de voix de Le Pen, Dupont-Aignan, Lassalle, Asselineau, Cheminade vers Marine Le Pen

[Un autre article a été publié à la suite de celui-ci : le combat souverainistes contre mondialistes financiers]

2017/04/17

Les devoirs du journaliste et ceux du citoyen

Un journaliste professionnel est, dans la loi française, un employé. Il ne peut pas être auto-entrepreneur. Il peut obtenir une carte d'identité professionnelle de journaliste pour cette activité. 
"Le droit à l’information, à la libre expression et à la critique est une des libertés fondamentales de tout être humain.
Ce droit du public de connaître les faits et les opinions procède l’ensemble des devoirs et des droits des journalistes.
La responsabilité des journalistes vis-à-vis du public prime toute autre responsabilité, en particulier à l’égard de leurs employeurs et des pouvoirs publics."

Ces devoirs sont soulignés par la Charte de Déontologie de Munich en 1971 signée par  tous les syndicats de journalistes de 6 pays européens. 
Elle reprend la Charte d’éthique professionnelle des journalistes français dont la première version date de 1918, et la dernière de 2011.

Cette charte s'applique à tous les journalistes, professionnels ou pas.

"Le droit du public à une information de qualité, complète, libre, indépendante et pluraliste, rappelé dans la Déclaration des droits de l’homme et la Constitution française, guide le journaliste dans l’exercice de sa mission. Cette responsabilité vis-à-vis du citoyen prime sur toute autre.
Ces principes et les règles éthiques ci-après engagent chaque journaliste, quelles que soient sa fonction, sa responsabilité au sein de la chaîne éditoriale et la forme de presse dans laquelle il exerce.[...]
Le journalisme consiste à rechercher, vérifier, situer dans son contexte, hiérarchiser, mettre en forme, commenter et publier une information de qualité ; il ne peut se confondre avec la communication."

C’est dans ces conditions qu’un journaliste digne de ce nom :
• Prend la responsabilité de toutes ses productions professionnelles, mêmes anonymes ;
• Respecte la dignité des personnes et la présomption d’innocence ;
• Tient l’esprit critique, la véracité, l’exactitude, l’intégrité, l’équité, l’impartialité, pour les piliers de l’action journalistique ; tient l’accusation sans preuve, l’intention de nuire, l’altération des documents (1), la déformation des faits, le détournement d’images, le mensonge, la manipulation, la censure et l’autocensure, la non vérification des faits, pour les plus graves dérives professionnelles ;
(1) sur ce point la charte de Munich précise: "ne pas supprimer les informations essentielles et ne pas altérer les textes et les documents".
[...]
• Dispose d’un droit de suite, qui est aussi un devoir, sur les informations qu’il diffuse et fait en sorte de rectifier rapidement toute information diffusée qui se révélerait inexacte ;
[...]
• Défend la liberté d’expression, d’opinion, de l’information, du commentaire et de la critique ;
[...]
• Ne touche pas d’argent dans un service public, une institution ou une entreprise privée où sa qualité de journaliste, ses influences, ses relations seraient susceptibles d’être exploitées ;
• N’use pas de la liberté de la presse dans une intention intéressée ;
• Refuse et combat, comme contraire à son éthique professionnelle, toute confusion entre journalisme et communication ;
[...]
• Ne confond pas son rôle avec celui du policier ou du juge.

Pourtant, les dérives des journalistes et des médias sont nombreuses et ininterrompues. L'état de la présente campagne présidentielle en est la logique continuité, où il s'agit avant tout d'ignorer le cœur du débat et de transformer en spectacle médiatique une élection à l'américaine.

Créé en 2008, Conscience Sociale est un producteur culturel autonome, suivant la définition et pour les raisons que donnait Pierre Bourdieu en 1996. Nous l'écrivions il y a quelques années déjà : 

Sur les obstacles qui sont apportés aujourd'hui à la liberté de pensée, Chomsky, Bourdieu, Orwell, de Sélys et Collon, Scott ou Joly, et d'autres encore, ont d'ailleurs précédé tout ce que nous avons pu dire et nous dirons encore. En particulier, le principe de la fabrication du consentement une fois imposé, le fait qu'à cet égard les sentiments des foules dépendent de l’influence délétère de bien peu, poussant à la précipitation, à l'incompréhension, à la suspicion ou à la peur, démontre mieux qu'autre chose le degré d'inconscience où nous sommes parvenus.
Un des bons préceptes d'une philosophie digne de ce nom est de ne jamais se répandre en lamentations inutiles en face d'un état de fait qui ne peut plus être évité. La question en Occident n'est plus aujourd'hui de savoir comment préserver les libertés de la presse. Elle est de chercher comment, en face de la suppression de ces libertés, un citoyen peut rester libre. Le problème n'intéresse plus les gouvernements. Il concerne la société civile et d’abord l'individu.
Le citoyen a le devoir de s'informer, et d'informer. Plus exactement, dans nos sociétés au consentement fabriqué, il a le devoir de bien s'informer, et de bien informer. 
Le citoyen ne doit pas rester un simple réceptacle, ou une simple courroie mécanique de transmission d'un like, il doit exacerber son rôle de relai actif de l'information. Chaque prise de parole est un acte politique en même temps qu'un acte de journalisme.

L'idée d'Assemblée Constituante poussée par plusieurs candidats est une répétition de l'Histoire. A force de repousser la vérité depuis si longtemps, celle-ci nous convoquera pour des Etats Généraux, quel que soit le nom du prochain Président(e). 
Vous avez beau ne pas vous occuper de politique, la politique s’occupe de vous tout de même.
(Comte de MONTALEMBERT, 1810-1870)